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jeudi 28 octobre 2010

Pêcheurs de Lune


D’autres contes traditionnels font de la Lune un objet merveilleux qui se trouve non pas dans le ciel, mais sur Terre. Ainsi le héros d’un conte de haute Bretagne, ‘’La Perle’’, confisque à un géant, une Lune qu’il conservait dans sa cheminée et qui avait le pouvoir d’éclairer à sept lieues à la ronde. Le géant d’un autre conte Breton, déroba au roi de France, une demi-lune, qui placée au sommet de la plus haute tour du château, répandait sa lumière à plus de dix lieues à la ronde. Quand au géant Hok-Bras, il décrocha la Lune pour la poser sur le clocher de Landerneau.

Le ‘’Roman de Renard’’ ainsi qu’un lai de Marie de France, racontent la mésaventure du loup qui, errant, de nuit à la recherche de sa pitance, rencontra compère Renart. Ce dernier l’engagea à se pencher au-dessus de la margelle d’un puits où se reflétait la pleine Lune. La prenant pour un fromage blanc, le loup sauta à l’eau et se mit à la laper frénétiquement. Dans une variante de ce conte originaire de Bretagne, c’est le visage d’une jeune fille que le loup aperçoit dans le puits. Dans les deux cas, le loup, bredouille, ne parvient qu’à se noyer.

Paul Sébillot évoque de la tradition des ‘’pêcheurs de Lune’’, que l’on retrouve aussi bien dans le Midi que dans le nord de la France : ‘’Les gens de Montastruc ont comme sobriquet Pesco-Luos’’, et l’on raconte qu’ils tentèrent de pêcher la Lune qui se reflétait dans le Gers. La Lune ayant disparu au moment où un âne allait boire à la rivière, ils l’éventrèrent pour chercher l’astre dans son ventre.

Les ‘’Copères’’ de Dinant, quant à eux, prennent le reflet de la Lune dans l’eau pour un plat d’argent. Pour mieux l’attraper, ils se pendent par les pieds, les uns aux autres. En revanche, les habitants de Mondon et de Tarcenay, en Franche-Compté, essayent d’attraper la Lune en entassant des tonneaux les uns sur les autres. Comme ils n’en ont jamais assez, ils ôtent les tonneaux qui se trouvent en dessous afin de prolonger la pyramide… qui bien entendu s’écroule!

Source :
La Lune; Mystères et Sortilèges, par Édouard Brasey
Éditions du Chêne

La Lune croquemitaine


La Lune est parfois présentée comme un croquemitaine. ‘’Si vous n’êtes pas sage, Madame la Lune va vous manger.’’ Disait-on jadis aux enfants de Saint-Brieuc. De même en Wallonie, on menaçait les enfants en leur disant que la Lune surnommée Bazin, allait venir les prendre : ‘’Voilà Bazin qui v’louke’’ (Voilà Bazin qui vous regarde). À Tournai, si l’on contemple trop longtemps le bonhomme dans la Lune, il se fâche et lance des pierres.

En Morbihan, l’astre prend l’apparence d’une Vieille de la Lune qui s’en va frapper à la porte d’une ménagère ayant laissé brûler sa chandelle de nuit pour terminer son travail. La femme refuse d’ouvrir et s’entend répondre par la Vieille de la Lune : ‘’Estimez-vous heureuse d’avoir gardé votre porte close. Si vous m’aviez ouvert, je vous aurais tuée sur le coup. Car je suis jalouse de ma lumière, et ne supporte pas que l’on profane ma nuit par le travail!’’
Une légende de Saint-Malo raconte comment la Lune un jour avala la mer pour la punir d’avoir causé un naufrage. Un capitaine de navire alla la trouver pour la supplier de remettre la mer à sa place, car les marins ne pouvaient plus naviguer. La Lune recracha alors la mer, après lui avoir fait promettre qu’elle lui serait toujours soumise.

Source :
La Lune; Mystères et Sortilèges, par Édouard Brasey
Éditions du Chêne

L’homme dans la Lune au Japon


Ces croyances ne sont pas l’apanage des légendes européennes car, on les retrouve également dans certaines tribus d’indiens de la côte nord-ouest de l’Amérique, en Sibérie, en Chine et au Japon. En Asie, le bonhomme dans la Lune porte à la place du fagot, un joug aux extrémités duquel se balancent deux seaux (il s’agit d’une jeune fille chez les lakoutes et les Bouriates). Son séjour sur l’astre nocturne est généralement lié à l’expiation d’une faute, mais il peut également faire l’objet d’une récompense.

Ainsi une légende des îles Ryukyu, au Japon, rapporte que jadis la Lune brillait d’un plus bel éclat que son époux le Soleil. Ce dernier réclama à sa femme, un peu de sa lumière, prétextant que les voyageurs qui marchent durant la nuit sont moins nombreux et n’ont pas besoin de voir aussi clair. Mais la Lune fit la sourde oreille et refusa de sacrifier le moindre de ses rayons. Hors de lui, le Soleil poussa la Lune, qui tomba alors sur la Terre dans une marre remplie de boue. Un paysan qui passait par là posa son joug à terre et vint la nettoyer avec l’eau puisée à ses seaux mais, malgré tout ses efforts, il fut incapable de lui rendre son éclat premier. La Lune retourna alors au ciel, et depuis, à chaque pleine Lune, elle invite le paysan à lui rendre visite là-haut. De la vint l’explication des taches que l’on voit à sa surface; il s’agit du vieux paysan japonais harnaché de son joug et de ses seaux.

Source :
La Lune; Mystères et Sortilèges, par Édouard Brasey
Éditions du Chêne

mardi 26 octobre 2010

Anningan; Le mythe du viol du Soleil


Les Inuits, ont une légende qui met en scène un dieu lunaire et une déesse solaire. Ils sont frère et sœur, et vivent ensemble depuis l’origine du monde, dans une entente qui à défaut d’être parfaite, est bonne. Ils se partagent le ciel, et il fut un temps où les heures des nuits et des jours, étaient à nombre égal. C’était avant le vent de folie qui souffla sur Anningan, qui perdit la raison et s’éprit violemment de sa sœur. Un jour, alors que la déesse solaire Malina s’y attend le moins, son frère, le dieu lunaire Anningan la viole. Alors, la déesse Malina s’enfuit, et commence une chasse et une course, qui n’en finissent plus, depuis. Elle n’a de cesse de fuit son horrible frère, qui la poursuite de ses incestueuses assiduités.

La nuit de l’attaque d’Anningan contre sa sœur Malina, à eu des répercussions importantes. Ils ne vécurent plus jamais en harmonie, et les jours et les nuits ensuite, n’eurent plus le même nombre d’heures en tout temps, toute saison. Anningan avait brisé le cœur de sa sœur, rompu leur lien de confiance et rompu l’harmonie des jours et des nuits. Malina cette nuit-là, n’avait pas subi les outrages de son frère sans se débattre farouchement, et d’ailleurs on raconte que durant le combat qu’elle mena pour sauvegarder sa vertu, une lampe pleine à ras bord d’huile de phoque, s’est renversée et à couvert les mains de Malina, de noir. De ses mains noircies, alors qu’il commettait son crime, la déesse du soleil parvint à repousser son frère échoué sur son corps et repu. Ce faisant, de ses mains sales, elle laissa sur son visage blanc, des taches noires. Ensuite, elle prit la fuite et courut le plus loin possible, pour ne plus jamais être rejointe et prise de force à nouveau, par son odieux frère. Les Inuits racontent que les taches sur la Lune, sont les traces noires laissées sur le visage d’Anningan, pas sa sœur Malina.



Anningan s’est lancé à la poursuite de Malina, et n’a de cesse depuis, de la poursuivre éternellement. Forcené, son éternelle poursuite fait de lui un être de plus en plus maigre et décharné, à chaque nuit qui passe. C’est ainsi que les Inuits explique que la Lune s’amincit de soir en soir chaque mois à partir de sa phase décroissante. À la fin du mois, quand Anningan disparaît soudain, réduit à une taille famélique indicible, les Inuits racontent qu’il quitte trois jours, chaque fois (chaque mois) pour aller se sustenter, manger et refaire ses forces, pour mieux revenir pourchasser sa sœur. Chaque nuit sans lune, il refait ses forces pour mieux reprendre sa terrible course.

Depuis le viol du soleil, la déesse solaire Malina se tient le plus loin possible de son frère, et c’est ce qui explique qu’ils se lèvent à des moments différents, marquants les jours et les nuits. C’est depuis ce temps aussi, que les saisons sont si marquées par une grande noirceur qui perdure des mois, et un soleil haut qui perdure des mois, à son tour, l’autre portion de l’année.

Source :
Inuit Mythology par Evelyn Wolfson (auteure) et William Sauts Bock (illustrateur)
Éditions Barnes and Noble

mardi 24 août 2010

La Lune


Avec un diamètre de 3476 km –contre 12714 km pour celui de la Terre- la Lune est l’unique satellite naturel de notre planète. À certains égards, c’est une planète jumelle de la Terre. Les deux corps sont liés par la gravitation : la période de rotation de la Lune autour de son axe correspond exactement à sa période de révolution (27 jours, 7 heures, 43 minutes); cela explique pourquoi nous voyons toujours la même face de la Lune, l’autre face restant cachée. Il y a toutefois une différence essentielle entre la Terre et notre satellite : la Lune est un astre mort, pratiquement sans atmosphère, sans eau de surface et où il n’y a pas de vie possible; pour autant que nous le sachions.

Comme toutes les planètes, elle n’est visible que parce qu’elle réfléchit la lumière. Le premier et dernier croissant de la Lune- comme le disque complet de la pleine lune- sont directement illuminés par le Soleil, selon un cycle de phases de 29 jours et demi. Au cours de ce cycle, la part visible de la Lune croît depuis la nouvelle Lune, en passant par le premier quartier, jusqu’à la pleine Lune, puis elle décroît, à partir du dernier quartier, devient un croissant qui s’amincit peu à peu et finit par disparaître jusqu’à la nouvelle Lun. Parfois, dans le ciel, le soir, on découvre un beau phénomène connu sous le nom de ‘’clair de Terre’’; la lumière du Soleil réfléchie par la Terre atteint la partie obscure du disque lunaire, et l’éclaire faiblement.

Satellite d’une planète moyenne, la Lune n’a évidemment pas le même rang que le Soleil dans la hiérarchie des astres. Cependant, pour nous, le Soleil et la Lune forment un duo. Ce sont les deux plus grands objets lumineux de notre ciel, et ils sont presque universellement considérés comme des jumeaux qui se partagent le jour et la nuit. En outre, du fait d’une coïncidence extraordinaire, qui émeut sans doute plus les poètes et les amateurs de mythologie que les astronomes, bien qu’ils soient séparés de nous par des distances très différentes, ils nous semblent tout les deux à peu près de la même grosseur.

Le symbolisme lié à la Lune, dans les différentes civilisations et à toutes les époques, paraît tout d’abord extrêmement diversifié, complexe et plein de contradictions, surtout quand on le compare à la relative unités des représentations mythiques du Soleil. Cependant, on peut voir dans cette disparité, une expression du caractère changeant et inconstant de l’astre de la nuit. Au cours de la préhistoire, il semble que la Lune ait eue une importance plus grande que le Soleil, et, selon toute apparence, dans la majorité des civilisations, on a commencé à établir un calendrier en comptant les ‘’mois lunaires’’ plutôt que les saisons solaires; il apparaît que le plan de nombreux sites mégalithique a été établit en fonction de certaines données astronomiques, et notamment celles de l’orbite de la Lune. Le nom du dieu lunaire japonais, Tsuki-Yomi, dérive des termes signifiants ‘’Lune’’ et ‘’compter’’.

La représentation du dieu lunaire de l’ancienne Égypte, Thot, parfois doté d’une tête d’ibis ou de chien, ou prenant la forme d’un babouin portant un croissant de Lune sur la tête, témoigne d’une ancienne conception religieuse : la Lune et le Soleil, en se levant et en se couchant, se remplacent mutuellement dans le ciel. Lorsque le dieu solaire Rê effectue son voyage dans le monde souterrain, aux cours des heures d’obscurité, on fait appel à Thot pour prendre sa place dans le monde supérieur. Dans certains récits, c’est Rê qui a crée la Lune pour éclairer le ciel durant la nuit, et qui a chargé Thot de la garder. Ce dernier tient également le calendrier du monde, et il a enseigné à l’humanité, les arts et les sciences. Plus tard, il a été identifié à Hermès par les Grecs. À une époque plus récente, Thot est devenu une source d’inspiration pour la doctrine hermétique des Grecs, des Arabes et des Européens.

Le rôle régulateur de la Lune sur le cycle menstruel (ce dernier mot vient du grec ‘’menses’’, qui signifie Lune) était lié directement, dans l’Antiquité, à la fécondité. Lorsqu’on est passé du matriarcat au patriarcat, la Lune s’est vu attribuer un rôle de plus en plus féminin, alors que le Soleil était associé à la partie masculine de la société. On trouve une représentation caractéristique de la Lune et de sa féminité en la personne de la déesse lunaire Ch’ang-o, ou Hang-o, l’une des divinités les plus vénérées des Chinois. La fête de la Lune, qui se tient le jour de la pleine Lune qui suit l’équinoxe d’automne, est l’une des trois grandes fêtes annuelles. Elle est dédiée uniquement aux femmes et aux enfants, et les hommes n’ont pas le droit d’y prendre part. On façonne de petites statues en forme de lapin, ou des soldats à têtes de lièvre –deux animaux lunaires- et les enfants font des offrandes à la Lune qui se lève. Dans la mythologie Ch’ang-o est la femme de l’archer I, qui reçut l’élixir d’immortalité pour avoir sauvé l’humanité en abattant neuf des dix Soleils, alors qu’ils se levaient ensemble, conspirant pour brûler le monde. Un jour, I rentra chez lui et constata que son épouse avait bu l’élixir; elle s’était enfuie vers la Lune et I se lança à sa poursuite. Le lièvre lunaire offrit une protection à la femme et força I à abandonner sa poursuite. Depuis ce jour on considère que Ch’ang-o vit dans la Lune et qu’elle est un modèle de beauté et de modestie.

Aujourd’hui, on considère souvent comme allant de soi, le caractère féminin de la Lune; pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi, comme on peut le voir en Égypte où elle prend la forme du dieu masculin Thot. Au Japon, Tsuki-Yomi est un dieu lunaire, et dans la mythologie mésopotamienne, le dieu lunaire Sin, est représenté sous les traits d’un vieil homme portant une barbe; c’est même la divinité la plus importante d’un trio qui comprend aussi Shamash, le dieu du Soleil et Ashtart, l’équivalent de Vénus.

Dans la mythologie brahmanique, on dit que les âmes des défunts vont dans la Lune. Cette identification de notre satellite au royaume des morts soulève un problème qui concerne sa signification symbolique. Ses phases en effet, présentent une certaine analogie avec les cycles organiques et la vie de la nature; la mythologie de certaines contrées de l’Amérique du Sud, fait de la Lune la mère des végétaux. Dans l’ancienne Mésopotamie, certains considéraient que c’était la chaleur de la Lune et non pas celle du Soleil, qui apportait aux plantes l’énergie nécessaire à leur croissance. Et en même temps, à l’inverse, pour beaucoup de peuples, ces phases ont été synonymes de décrépitude et de mort. Cette ambivalence, cette coexistence de la vie et de la mort, on la retrouve dans l’identification de la Lune à une divinité triple qui se manifeste sous de très nombreux aspects, en particulier sous celui d’une trinité féminine, par exemple, les trois Graces, ou encore, les trois sorcières. Les poètes de la Grèce antique voyaient dans Artémis (la Diane des Romains), chasseresse et vierge, la ‘’déesse aux trois formes’’, ses deux autres personnalités étant Séléné, c'est-à-dire la Lune qui parcourt le ciel, et Hécate, la déesse mystérieuse du monde souterrain. Cette divinité triple peut être apparentée aux trois phases su cycle lunaire : l’arc d’argent porté par Artémis représente le croissant de la nouvelle Lune, alors que Séléné est la pleine Lune, et Hécate, l’aspect obscur de l’astre. Cette dernière possède elle-même une personnalité triple, et elle est souvent décrite comme une femme ayant trois corps ou trois têtes. Elle erre parmi les âmes des morts, et des aboiements de chiens annoncent son approche. Elle se tient sur les tombeaux, dans les lieux solitaires, à la croisée des chemins, et enseigne la sorcellerie et la magie. On la dépeignait parfois sous les traits d’une vieille femme (allusion à la dernière phase du cycle lunaire) et son culte donnait lieu à des libations à la fin de chaque mois.

Dans la mythologie, l’influence que la Lune exerce sur les marées se reflète dans le symbolisme relatif à l’eau. En Inde, par exemple, dans les mythes brahmaniques, le dieu Soma (du mot ‘’soma’’ désignant une boisson hallucinogène qui était, dit-on la nourriture des dieux et qui contenait le fameux élixir d’immortalité) était identifié à Candra, la déesse de la Lune, et représentait les eaux de la vie. Dans les anciens contes germaniques, la Lune correspond souvent à l’eau, aux ruses. Dans l’un des plus connus, le renard persuade le loup que le reflet de la Lune apparaissant sur une mare est une jeune fille qui se baigne. Le loup plonge dans l’eau pour tenter de s’en saisir et se noie.

On retrouve les phases de la Lune dans de nombreux mythes de toutes les régions du monde. Chez les Maoris, la Lune (un personnage masculin) enlève la fille du dieu Rona. Ce dernier furieux, de ce rapt, décide d’affronter la Lune et leur combat dans el ciel date de cette époque. Lorsque la Lune décline, on dit qu’elle est fatiguée de combattre et qu’elle a besoin de repos; elle le prend durant la période où elle est en phase de croissance; à la pleine Lune, le combat reprend de plus belle.

En astrologie et en psychologie, la Lune symbolise souvent le monde subliminal, la lumière faible du non-conscient, opposée à la brillante clarté de la conscience, et elle représente souvent l’âme, face à la claire conscience de soi personnifiée par le Soleil.

The Secret Langage of the Stars and Planets
Par Geoffrey Cornelius et Paul Devereux
Éditions Duncan Baird Publishers

Emergence de la Lune selon les Navajos


‘’Dans certaines cultures, l’allégorie relative à l’origine de l’Univers est plus élaborée, bien que toujours fondée sur l’idée d’un centre mystérieux de la création. Les Navajos ont une très belle théorie. Au temps des grandes ténèbres, le Père-Ciel est descendu, et la Mère-Terre s’est levée pour le rencontrer; sur le sommet de la montagne où a eue lieu leur union, les ancêtres de l’humanité ont trouvé une petite statuette de turquoise. Elle est devenue la déesse immortelle Estsatleh ‘’celle qui se régénère par elle-même’’ ; après s’être transformée en femme mûre, puis en vieille femme, elle renaît sous la forme d’une enfant. Quatre filles lui sont nées à partir de différentes parties de son corps, et une cinquième a été engendrée par son esprit.

Le Soleil est sorti des perles de turquoises, sur son sein droit et, la Lune a émergé des coquillages blancs, sur son sein gauche. Il est interdit de la représenter et les dieux eux-mêmes n’ont pas le droit de contempler son visage. ‘’

The Secret Langage of the Stars and Planets
Par Geoffrey Cornelius et Paul Devereux
Éditions Duncan Baird Publishers

lundi 14 juin 2010

Le soleil-père et la lune-mère (osages)


Osages (Amérindiens)

(Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi)

Il y a bien longtemps dans le pays où le ciel et la terre se rencontrent, et alors que les peuples anciens vivaient encore dans les deux mondes, deux frères grandirent sans jamais connaître leur père. Leur mère leur disait souvent qu’il était mort dans une grande bataille pendant qu’elle était enceinte. Mais en grandissant, les frères entendirent des rumeurs circuler parmi les anciens selon lesquelles leur père ne serait pas mort à la guerre, et n’aurait pas même été un guerrier, mais un étranger arrivé un soir dans leur monde. Plus étonnant encore, une rumeur insinuait que le soleil, qui voit tout du monde, était le seul à pouvoir dire la vérité aux deux frères. Ceux-ci décidèrent de découvrir cette vérité.

Le jour où les frères avaient prévu de partir pour leur grand voyage, à la rencontre du soleil, certains anciens les avertirent que l’entreprise était trop dangereuse. Ils savaient qu’aucun autre ancien n’était jamais parti à la rencontre du soleil. Malgré les mises en garde cependant, les frères n’y réfléchirent pas à deux fois et entamèrent leur long voyage à travers le ciel.

Ce fut vraiment un long voyage. Les frères virent leurs provisions diminuer et, à l’idée qu’il leur restait encore au moins une semaine de voyage, le plus jeune se demanda s’ils ne devaient pas faire demi-tour. Mais le plus âgé, ennuyé à la pensée que les anciens se moqueraient de leur retour rapide, et redoubleraient de commérages sur leur père, le convainquit de continuer.

Ils étaient presque morts de faim lorsqu’ils atteignirent le soleil. Ce dernier alla droit au but et leur dit qu’il était leur père. Mais ce n’est pas tout ce qu’il leur révéla : ‘’La femme qui vous a élevés comme ses enfants n’est pas votre vraie mère. Votre vraie mère est la Lune. Si vous ne me croyez pas, demandez-le-lui vous-mêmes. Elle va passer ce soir.’’

À la tombée de la nuit, les deux frères s’approchèrent donc de la Lune pour l’interroger. Comme prévu, elle leur confirma qu’elle et le soleil étaient leurs parents. Le plus jeune frère en fut très contrarié car il savait qu’ils ne pouvaient retourner parmi les anciens maintenant qu’ils ne faisaient plus partie de leur peuple.

La Lune baissa les yeux sans mot dire, puis elle désigna la terre et dit aux deux frères de vivre parmi les animaux. Les deux frères entamèrent donc un nouveau voyage vers la terre. Mais lorsqu’ils approchèrent de sa surface, ils constatèrent qu’elle était recouverte d’eau qui vint leur lécher les pieds et les fit tomber. Heureusement, ils furent brusquement entourés par un troupeau d’élans qui plongea dans l’eau et auquel ils demandèrent de l’aide.

Le chef du troupeau se tourna vers eux, et en un instant, tous les élans commencèrent à boire l’eau. Il ne leur fallut pas longtemps pour l’absorber entièrement et les frères ne tardèrent pas à retrouver un sol solide sous leurs pieds. Ils remercièrent chaleureusement le chef des élans pour son aide et invitèrent les animaux à partager leur vie sur terre. L’élan accepta. Plus tard, les frères apprirent à cultiver du maïs et des haricots qu’ils partagèrent avec les élans; mais bien sûr, ils déclinèrent poliment l’offre de ces derniers de partager leur herbe.

Mama Quilla ; déesse de la Lune (inca)

Ciel, terre et inframonde

(Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi)

Pour les Incas, une force divine habitait chaque chose dans la nature et le monde s’étageait sur trois niveaux : le supramonde, Hanaq Pacha, occupé par les dieux et les déesses, le monde-ci, Kay-Pacha, ou monde terrestre, et le monde d’en bas, Ukhu Pacha, terre de la mort.

Divinité du soleil, et pères des empereurs incas, Inti, le plus puissants des dieux, fit l’objet d’un culte absolu. Sacrifices, offrandes et rituels lui étaient consacrés avec d’autant plus de zèle que les Incas espéraient qu’une existence vertueuse les conduirait au paradis auprès du dieu soleil.

Mama Quilla (ou Mama Kilya), déesse de la Lune et épouse d’Inti, était tout aussi vénérée, notamment à Cuzco où un temple fut érigé en son honneur.Elle est la fille de Viracocha.

Outre au soleil et à la Lune, astres majeurs, les Incas portaient un intérêt particulier aux étoiles. C’est entre autres sur l’observation de la Voie Lactée, qu’ils établissaient le calendrier des récoltes, des semailles et des rituels, datant en fonction des étoiles la saison sèche et la saison des pluies. Rien d’étonnant donc à ce que les constellations de la Voie Lactée ou mayu (rivière) jouissent du statut de divinités, les Pléiades par exemple passant pour protectrices de l’agriculture.


Mama Quilla

Mère des Incas, et protectrice des femmes, Mama Quilla ou Mama Kilya, est aussi la principale divinité féminine du panthéon inca et, en son nom de déesse de la Lune, c'est elle qui réagit le calendrier et le temps qui passe. Au commencement elle était plus brillante que le soleil et Inti, jaloux de son éclat, lui jeta une poignée de cendres incandescentes au visage de manière à être le plus lumineux des deux.

Deux temples, l'un au Coricancha, à Cuzco, et l'autre à Machu Picchu, sont dédiés à cette déesse, associée au métal argent. Mama Quilla était l'épouse, en même temps que la soeur, du dieu soleil Inti. Cette union créa un précédent pour les mariages entre frère et soeur au sein de la famille impériale.

Si : déesse lunaire unisexe (moche)


(Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi)

Si, déesse lunaire de la Culture Moche

La culture moche (ou mochica) s’épanouit entre le IIe et le VIIIe siècle (période Intermédiaire précoce) le long du littoral du Pérou septentrional. Artisans de génie, les Mochicas excellaient dans l’art de la céramique comme dans la métallurgie. Ils furent aussi des joailliers et orfèvres de talent, de fabuleux maîtres tisserands et les créateurs d’incomparables fresques et frises.
Cet artisanat trahit leur nature belliqueuse, les guerres étant souvent l’occasion de remédier à la pénurie de victimes sacrificielles destinées à apaiser les dieux. Les Moches subirent inondations et séismes à répétition, signes de mécontentement divin; plus les conditions météorologiques étaient extrêmes, plus se faisait sentir la besoin de sacrifice.

La forme la plus répandue de sacrifie consistait à trancher la gorge du supplicié, puis l’on offrait le cadavre et le sang de la victime aux dieux. Une statue terrifiante montre un personnage d’aspect satanique (dieu ou bourreau) tirant les cheveux d’un homme, prêt à l’égorger. Des sites funéraires ont livrés les squelettes de jeunes filles frappées à la tête à coups de massues et jambes arrachées.
Ai Apac, dieu de la création, l’une des principales divinités du panthéon moche, est le précurseur du dieu Viracocha. Dieu distant et froid du ciel, et des montagnes, Ai Apac est omniprésent dans l’iconographie moche, souvent représenté sous les traits d’un guerrier féroce, les yeux bridés, une bouche aux crocs aiguisés, une ceinture et une coiffe faites de serpents.

Si (la Lune) est également le nom de la déesse unisexe de la Lune, par ailleurs en charge de la fertilité, de la pluie et de la mer. À la différence d’Ai Apac, plutôt solitaire, Si prend une part active à l’existence des mortels. Le Huaca de la Luna (temple de la Lune) fut érigé en son honneur.

La Lune joua un rôle fondamental dans la culture des Mochicas, plus encore que le soleil. L’implacable soleil du désert passait plus pour un ennemi qu’un ami, et la majorité des cérémonies se tenaient à la nuit tombée.

La divinité la plus redoutée, la plus sanguinaire aussi, portait le nom de Dieu décapiteur. Parfois dépeint sous les traits d’une créature mi-homme, mi-araignée, ou mi-homme mi-jaguar, son effigie est omniprésente dans l’artisanat, notamment sur les céramiques et bas-reliefs des lieux rituels. Le Dieu décapiteur, barbu, montre quatre crocs émergant d’une grande bouche difforme et à des yeux perçants.
Malheureusement, aucun mythe ni légende ne semble avoir survécu à cette ère.

Xochiquetzal : Fleur de quetzal (aztèque)


Xochiquetzal : Fleur de quetzal

(Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi)

Xochiquetzal, dite aussi Fleur-Plume, est présentée coiffée de plumes de l’oiseau quetzal. Divinité polyvalente, elle est aussi bien déesse de la Lune, des fleurs, du mariage et des enfants, que patronne des artistes et des tisserands. Jeune et avenante, réputée pour sa beauté, Xochiquetzal est aussi une ardente protectrice des valeurs familiales. C’était l’épouse du dieu de la pluie Tlaloc, mais Tezcatlipoca se prit à la désirer si ardemment qu’il finit par en perdre un pied dans sa lutte pour gagner son amour.

Elle est aussi déesse de la fertilité, des jeux, de la danse, et de l’agriculture. Son cortège était composé de papillons et d’oiseaux. Elle est aussi la déesse des artisans, des prostituées sacrées et des parturientes. Elle réside dans le neuvième ciel, la région du vent d’obsidienne itzeechecayan. Elle a pour frère jumeau le dieu Xochipilli. Tezcatlicopa l’envleva et elle fut forcée de se marier avec lui, mais elle eu aussi d’autres époux; Ixotecuhtli, Tlaloc et Centeotl. Elle est la mère de Quetzalcoatl, qu’elle a conçu avec Mixcoatl.

Ixchel: déesse de la Lune (Maya)

Ixchel déesse lunaire des Mayas

Riche personnalité qu’Ixchel, associée à la Lune, aux marées et aux inondations. Pour les uns, c’est l’épouse du dieu suprême Itzamna, pour les autres la compagne du dieu soleil Kinich Ahau (deux époux qui pourraient bien être les deux visages d’une seule divinité).

Une fois mariée, Ixchel découvrit sa stérilité et plongea dans un grand désespoir (en fait, la déesse était dénuée d’organes reproducteurs). Un jour, un cerf parut et piétina son ventre, la rendant ainsi apte à porter des enfants, le Bacabs.
D’un caractère capricieux et profondément lunatique, Ixchel est la bienfaisante déesse arc-en-ciel, protectrice de la maternité, l’inventrice de l’art du tissage. Mais on la connaît également sous les traits d’une vieille harpie, un serpent noué autour de la tête, des ossements ornant sa robe (à l’image de la déesse aztèque Coatlicue). Elle est représentée une cruche à la main qu’elle déverse, attentionnée, sur les cultures ou, rageuse, sous forme de déluge.

Le Bacabs
Itzamna le dieu suprême et Ixchel la déesse de la Lune eurent quatre fils, connus sous le nom collectif du Bacabs. Issus de parents haut placés, ils occupèrent à leur tour un haut rang dans le panthéon maya. La terre étant plate et carrée, les quatre frères eurent pour tâche d’en soutenir les quatre coins ainsi que de supporter les treize strates de la voûte du ciel. Souvent dépeint les bras levés, le Bacabs apparaît également sous la forme de jaguars et est par ailleurs associé aux quatre points cardinaux tels qu’ils sont ordonnés par l’arbre du monde maya : nord (blanc), sud (jaune), est (rouge) et ouest (noir). Le plus connu de la fratrie est Chac, le dieu de la pluie, et selon certains experts, le Bacabs serait les quatre visages de ce seul dieu.

Paragraphes précédents tirés du livre; Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi

Mythe et informations complémentaire

Ixchell est une magnifique et ancienne déesse lunaire vénérée par les Mayas. Elle est la mère de plusieurs dieux et régule le cycle de la vie et de la mort. Elle est la gardienne des âmes, et vit son existence tant dans la peau d’une magnifique jeune femme lumineuse et séduisante, que dans la peau d’une sage matriarche sombre et puissante.

Le mythe d’Ixchel raconte qu’elle prit le Soleil pour amant, mais son grand-père en fut furieusement contrarié. Son grand-père lança donc sur elle, une attaque de foudre et la tua. Durant treize jours ensuite, les libellules chantèrent pour elle, en deuil. La magie de leurs chants provoqua sa résurrection. Elle reprit alors possession de sa vie, et retourna auprès du Soleil, mais leur liaison fut brève, car le Soleil l’accusa d’infidélité avec son frère. Elle fut alors évincée des cieux, mais pas pour longtemps. Le soleil comprit qu’il ne pouvait se passer de la compagnie de la magnifique déesse, et la supplia de revenir. Elle revint, mais peu de temps après son retour, le Soleil redevint jaloux à nouveau. Une légende raconte qu’il s’est emparé de son éclat, après une violente querelle. La laissant en possession d’une brillance argenté, lui ayant volé sa lumière solaire dorée. Elle se sentait trahie et, triste, elle le quitta.Cette fois, elle le quitta pour de bon. Depuis lors, elle demeura invisible au soleil, demeurant sous le couvert de la nuit et prenant la forme du jaguar. Elle devint véritablement libre, allant et venant selon ses uniques et propres désirs, ne laissant plus jamais personne être maître de sa vie et de sa destinée.

Ixchel était aussi celle qui arrosait les semences, en répandant la pluie, et son cet aspect, elle était nommée ‘’Dame Arc-en-ciel’’. Elle tire d’ailleurs son nom du mot arc-en-ciel (chel signifiant ceci et Ix signifiant déesse). Les femmes mayas au moins une fois dans leur vie, devait compléter un pèlerinage sur l’île sacrée d’Ixchel ( « île des femmes » Isla de las Mujeres), pour lui offrir des présents et recevoir sa bénédiction. Durant des centaines d’années, des femmes firent ce pèlerinage par bateau, et plusieurs des autels dédiés à Ixchel existent encore sur l’île.

Ixchel est une déesse forte, qui refuse de devenir une victime et qui prend en pleine main, possession de sa vie et de ses moyens. Elle refuse tout oppression. Elle fait face à l’adversité, sans detours. Elle s’alloue sans honte et sans remords, le pouvoir de choisir.

Ixchel est la déesse de la maternité, des sages-femmes, de l’obstétrique, de la médecine, de la fertilité et de la guérison. Elle préside aux naissances, et protège les futures-mères. Déesse de guérison et de médecine, elle est la patronne des médecins et des shamans (hechiceros). Ces derniers utilisaient des amulettes contenant de petites idoles et des pierres de divinations également, lors de rituels sous l’égide d’Ixchel.

Le lien entre cette déesse et la Lune est indéniable; elle en est la lumière, le mystère et l’expression de toutes ses phases. Elle a aussi cependant, un lien privilégié avec la terre. Un visage d’elle est celui d’une femme à la tête enserrée par un serpent, des os ornant sa jupe, et des oreilles et des griffes de jaguar composant sa physionomie. Sous sa forme de jaguar (forme sous laquelle elle voyage entre les mondes et échappe au Soleil) elle représente à la fois une shamane et une guerrière lunaire venant errer et se balader sur terre. Il ne faut pas oublier qu’elle est aussi celle qui arrose la terre, les champs et les semences. En plus de la lune et de la terre, elle est aussi déesse des pluies, des marées, des inondations, des tempêtes, de la foudre, des éclairs, du tonnerre et des catastrophes. Elle est déesse des cycles, du pouvoir sacré féminin, de la sexualité sacrée. Elle est à l’image de la Lune; une et multiple, et elle est déesse puissante, indépendante et auto-suffisante.

Elle personnifie la lune, mais une kyrielle de symboles lui sont associés. L’arc-en-ciel, par exemple, qui pour les mayas était un symbole de la fin de la destruction et de la naissance d’un âge nouveau de changement. La Lune électrique aussi, qui est placée sous le signe du cerf, qui est un animal majeur chez les mayas, parc qu’il est l’une des formes du dieu Tohil (dieu du tonnerre). Un dieu qui apparaît sous la forme d’un cerf blanc en général (symbole de la puissance virile et sexuelle masculine fertile) et apparut en cerf rouge à la déesse Ixchel.
De nos jours, dans le sud du Mexique, la déesse Ixchel est encore honorée, lors du Festival d’Ixchel, se tenant le 8 décembre. Ce festival est animés de processions, de bénédictions de bateaux et de champs.

L’île de Mujeres (l’île des Femmes) située près du Yucatan au sud du Mexique, est dotées de nombreuses statues de femmes. Ainsi que de temples, dédiés à Ixchel. Le plus important temple d’Ixchel situé à la pointe sud de l’île sur une falaise près du phare à malheureusement presque été entièrement balayé par le terrible ouragan Gilbert en 1988. On peut encore y deviner les murs et l’architecture. Le lieu servait aussi de poste d’observation astronomique.

Les épreuves de Hunahpu et Xbalanque (Maya)


(Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi)

Par un jour de chasse, les jumeaux héroïques avaient capturé un rat et s’apprêtaient à la jeter au feu quand l’animal leur raconta la mésaventure survenue à leur père et oncle dans le monde inférieur. Le rat évoqua également l’arsenal du jeu de la balle (casques, ceinturons, bracelets de protection et genouillères) dissimulé dans la maison de leur grand-mère.

Comme Hunahpu et Vucub Hunahpu avant eux, la seconde génération de jumeaux affectionnait le jeu de balle. Il fut alors convenu que sitôt l’occasion se présenterait, les fils vengeraient les pères. Les cris de leurs parties incessantes ayant fini par provoquer le courroux des seigneurs de Xialba, les jumeaux furent priés de se rendre dans l’inframonde.

Ainsi que l’avaient fait leur père et oncle par le passé, les jumeaux franchirent les trois rivières fatales et, enfin parvenu au monde inférieur, ils eurent à se soumettre à une série d’épreuves. Les frères survécurent aux dangers de chaque nuit passée dans la maison des Ténèbres, la maison des Couteaux d’obsidienne, la maison du Jaguar, la maison du Froid et la maison du Feu, déjouant les pièges et les ruses des seigneurs de la mort. Les jumeaux passèrent leur dernière nuit dans la maison des Chauves-souris dont la plus scélérate arracha la tête de Hunahpu d’un coup de dents. Puis les seigneurs forcèrent Xbalanque à faire une partie de pok-a-tok avec la tête de son frère en guise de balle. Vif et rusé, Xbalanque subtilisa un lapin qu’il maquilla en balle, récupérant ainsi la tête de son frère Hunahpu qu’il s’empressa de rattacher au corps.

Plus tard, les jumeaux héroïques se soumirent au sacrifice par le feu. Ils revinrent à la vie quelques jours plus tard, émergeant de l’eau sous la forme d’êtres poissons. Ils arpentèrent dès lors l’inframonde, distrayant ses habitants par des chants, des danses et des tours de magie. Puis les deux plus puissants seigneurs des ténèbres convoquèrent les jumeaux à une cérémonie où ils furent sommés de se sacrifier une fois encore. Les jumeaux s’exécutèrent avant de revenir instantanément à la vie. Les seigneurs exigèrent de Hunahpu et Xbalanque qu’ils opèrent la même magie sur eux-mêmes, ce qui fut fait, les jumeaux s’abstenant seulement d’inverser le processus qui aurait permis la résurrection des seigneurs. Xhialba plongea dans des ténèbres plus épaisses encore qu’auparavant et les jumeaux victorieux montèrent aux cieux, métamorphosés bientôt en soleil et en lune.

jeudi 10 juin 2010

Présages célestes (Océanie)


(Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi)

Les aborigènes étaient de grands observateurs des mouvements des corps célestes dans le ciel nocturne, dont les changements marquaient certains événements terrestres. Le halo de la Lune, par exemple, indiquait à certains groupes des Kimberley le début de la période d’initiation des jeunes garçons. Dans les Monts Macdonnell du centre de l’Australie, en revanche, ce même halo était considéré comme une corde de fourrure d’opossum faite par l’ancêtre Lune roulant sa main à plat de long de sa jambe; de telles cordes sont utilisées pour les ornements de cérémonies.

Thaparra; l’homme-lune (Océanie)


(Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi)

Les Tiwis vivent sur les îles Melville et Bathurst au nord de Darwin, dans le Terrtoire-du-Nord. Avant l’installation des européens ils étaient très isolés des cultures aborigènes du continent du fait de la largeur du détroit Clarence et de la force de ses vagues qui empêchaient la navigation en canoë. Les Tiwis croient que pendant la période Parlinari de la création, une vieille femme aveugle du nom de Mudunungkarla avait surgît du sol à Murupianga, au sud-est de l’île Melville. Elle avait trois jeunes enfants : deux filles; Wuriupranala et Murupiangkarla, et un garçon, Purrukuparli. Elle se traîna vers le nord, portant ses enfants au sein, et ce faisant, donna à la terre beaucoup de ses formes actuelles avant de séparer les îles du continent. Elle y creusa ensuite de nombreux puits d’eau douce et y laissa plantes et animaux pour permettre à ses enfants de survivre après son départ.

Soucieux de créer des familles, Purrukuparli rendit visite aux différents enfants esprits pour les ramener à la condition humaine. Lui-même vivait sur l’île de Melville à un endroit appelé Impanari avec sa famille; sa femme Prima, son bébé bien-aimé Tijinini et son frère célibataire Thaparra. Comme sa mère, Purrukuparli était un ancêtre créateur majeur. Un jour, Jumuru, L’aigle australien à queue triangulaire, et Mudati, le milan à queue fourchue, firent du feu en frottant deux bâtons l’un contre l’autre. Ils décidèrent de demander à Purrukuparli de l’éteindre, mais ce dernier vit que le feu avait de la valeur car il tenait chaud et cuisait les aliments. Il alluma une grande torche d’écorce qu’il donna à sa sœur, Wuriupranala la femme-soleil, et une plus petite qu’il confia à son frère Thaparra l’homme-lune; la différence de taille des deux troches explique pourquoi la lumière du soleil est encore aujourd’hui plus forte que celle de la Lune. Purrukuparli réalisa ensuite les premiers grands mâts peints pour les Tiwis, créa des chants et des danses, et instaura les cérémonies d’initiation kurmala.

Comme la plupart des familles aborigènes, Purrukuparli et Pima étaient séparés durant la journée. Prima partait chaque matin chercher la nourriture dans le bush, portant bébé Tijinini, tandis que Purrukuparli allait chasser. Elle revenait au campement avec Tijinini et de la nourriture en fin d’après-midi et Thaparra prit l’habitude de la retrouver pendant la journée : ils laissaient Tijinini à l’ombre et partaient plus loin s’aimer. Cette pratique illicite durait depuis quelques temps, lorsque, par une journée particulièrement chaude, Pima tarda à rentrer. Le soleil se déplaça et brûla Tijinini qui en mourut.

Lorsqu’il revint, il trouva son fils mort et sa femme disparue. Purrukuparli fut accablé de douleur et de rage. Et lorsqu’il découvrit ce qui s’était passé, il battit durement Pima avec son gourdin. Pleine de remords, cette dernière chanta une chanson qui disait : ‘’Mauvaise femme que je suis d’avoir causé la mort de mon fils.’’ Purrukuparli refusa à Thaparra les trois jours nécessaires pour ramener Tijinini à la vie et les deux ancêtres se battirent avec des bâtons fourchus, d’un bout à l’autre de l’île Melville. Tous deux furent blessés au visage et au corps. Lorsque le combat fut terminé, Purrukuparli prit le corps de son fils, qui était enveloppé dans de l’écorce de cajeputier, et entra à reculons dans la mer en disant : ‘’ De même que mon fils est mort, et ne reviendra jamais, il en ira pour tout les hommes.’’ La période de la création se terminait. À l’endroit où Purrukuparli se noya, un tourbillon apparut et l’empreinte de ses pieds resta marquée au sol. Avant de mourir il donna à Thaparra un coup de poignard dans l’œil et le tua. Thaparra devint la Lune. Bien que mort, il possède la faculté de revenir à la vie après trois jours de ténèbres, sous la forme d’une nouvelle Lune. Les taches sombres à la surface de la Lune sont les blessures que son frère Purrukuparli lui infligea en se battant avec lui.

Pima resta toute seule dans le bush et fut transformée en courlis de terre. Cet oiseau émet un cri plaintif dont les Tiwis affirment, lorsqu’ils l’entendent la nuit, qu’il s’agit de Pima appelant son fils mort. Le courlis porte une marque sombre sur la tête, là où le gourdin de Purrukuparli frappa violemment Pima.
Les Tiwis ont aussi une chanson qui aurait été chantée par Pima en deuil après que Purrukuparli eut tué son amant Thaparra. Il y a peu, les femmes la chantaient pour inciter leur mari à prendre des mesures lorsque leurs relations illicites commençaient à être connues de toute la communauté.

Pe, la Lune des Pygmées


(Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi)

Les mythes pygmées présentent plusieurs aspects et varient à l’intérieur d’une vaste région géographique. À l’instar des peuples san et koi, l’univers est au centre de leur mythologie : l’homme retire son essence spirituelle des étoiles, du soleil et de la lune sur lesquels règne l’être suprême. Le feu spirituel fait partie de cet ensemble; il vient du ciel à la naissance et y retourne à la mort. Le feu est sacré, et les Pygmées le gardent dans des boîtes à feu qu’ils emportent avec eux en voyage.
Pe, la Lune, est associée à la fécondité et ses fêtes sont célébrées par les femmes, tandis que celles dédiées au soleil sont réservées aux hommes.

Création du jour et de la nuit (Afrique)


Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi

La création du jour et de la nuit; le mythe de la chauve-souris
De nombreuses histoires évoquent la création de la nuit. L’une d’elles vient du peuple kono en Sierra Leone, et raconte comment le créateur a, le jour, apporté la lumière du soleil, et au crépuscule, celle de la Lune, pour qu’il ne fasse jamais noir et jamais froid. La divinité demanda à la chauve-souris d’apporter un panier de ténèbres à la Lune, mais, fatiguée, la chauve-souris posa son fardeau pour se reposer et manger. Pendant ce temps, des animaux découvrirent le panier et l’ouvrirent, ce qui permit à l’obscurité de s’échapper. Depuis ce jour, la chauve-souris dort le jour et se réveille au crépuscule pour poursuivre son éternel voyage, en quête de l’obscurité enfuie, et essayer vainement de la remettre dans son panier pour accomplir la mission que lui avait confiée la divinité.
Dans le panthéon des dieux yorubas, Olorun, la divinité suprême, est le créateur de l’univers à qui l’on doit le jour et la nuit. Cet être suprême apparaît également dans la séparation du jour et de la nuit chez les Abaloyias au Kenya : Wele, le dieu créateur met le soleil et la Lune dans le ciel. Mais le soleil lutte contre la Lune et la détrône : la Lune fait alors tomber le soleil. Enfin, Wele décrète que le soleil doit percer le jour et que la Lune brillera la nuit.
Une ancienne histoire twa évoque également la responsabilité du dieu suprême Khonvum dans la création et la mise en place de la terre et du ciel, de la forêt et des animaux. La nuit c’est à Khonvum qu’il revient de veiller à ce que le soleil soit de nouveau bien présent le matin. Les conteurs twas racontent qu’il rassemble les fragments brisés des étoiles et les jette sur le soleil pour être sûrs qu’il se lèvera de nouveau.

Dans d’autres histoires, la nuit et la mort sont réunies. Un mythe Massaï parle du personnage ancestral, Le-eyo, qui, le jour de la mort d’un enfant, devait proclamer que cet enfant devait partir puis revenir; c’était également à lui de dire à la Lune de s’éclipser et de rester à distance. Le pauvre Le-eyo, extrêmement perturbé lorsque son fils mourut, dit par erreur à son enfant de partir et de rester à distance, et à la Lune de s’éclipser, puis de revenir. Les Massaïs disent que c’est à cause de cette erreur que la Lune respecte le cycle selon lequel elle ne cesse de se lever, puis de s’éclipser, de briller et de pâlir.


Le Mythe de Mawu et Lisa
L’histoire de Mawu et Lisa (la Lune et son frère jumeau le soleil) est présente chez les Fons qui habitent l’ancien Dahomey (actuel Bénin). Ces deux personnages sont unis en un seul créateur androgyne. Mawu-Lisa, qui surveille plusieurs dieux : celui du temps, celui de la terre, celui du métal et celui des forêts; ils ont par ailleurs une fille, Gbadu. Mawu-Lisa a créé le monde puis a délégué différentes responsabilités à d’autres dieux. Cette histoire de la création est semblable à celles que l’on trouve dans d’autres tradition : elle évoque une déroulement de la création qui évolue sur plusieurs jour pour aboutir, le dernier jour, à la création de l’homme.

L’histoire qui relate leurs combats des Fons, un groupe ethnique de guerriers, est complexe. Certains spécialistes pensent que les Fons se sont peut-être appropriés les dieux de leurs ennemis vaincus, ce qui explique sans doute en partie la composition de leur panthéon de dieux. En temps de guerre, les dieux des vaincus devaient être apaisés, aussi étaient-ils assimiliés au panthéon des Fons. Mawu-Lisa provenait du peuple aja, originaire du Dahomey occidental.

Dans un autre mythe, on raconte que Mawu et Lisa sont les enfants d’une mère primitive, Nana Buluka, créatrice du monde. La nuit et le jour sont séparés; Mawu, la Lune, vit à l’ouest et Lisa, le soleil, à l’est. La distinction entre le masculin et le féminin est également présente, puisque le personnage féminin de la lune s’unit au personnage masculin du soleil lors de l’éclipse. Le soleil est féroce et paternel et la lune est douce et maternelle. Pour les Fons, les éclipses sont le signe de Mawu et Lisa se retrouvent, s’unissent, ce qui dans le passé s’est traduit par la naissance d’une succession de dieux tous jumeaux.

Luonnotar (Mythe de création finnois)


(Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi )

Le mythe de la création dans le Kalevala (Finlande) raconte comment Luonnotar, une vierge, se lasse de la vie solitaire et stérile qu’elle mène au paradis et se laisse tomber du haut des cieux dans le vide. Elle y flotte pendant sept siècles jusqu’à ce qu’un aigle apparaisse, installe un nid sur ses genoux et se mette à couver ses œufs. Finalement les œufs tombent des genoux de Luonnotar; le jaune se transforme en soleil (Paiva) et le blanc, en Lune (Kun), et les fragments de la coquille, en étoiles.

Te Marama, la Lune (Océanie)


Mythes et Légendes du Monde Entier, Éditions de Lodi

Tous les êtres vivants sous la Lune mourront, tandis que ceux qui sont au-dessus d’elle vivront éternellement. Le destin de Te Marama (la Lune) est cependant différent puisqu’elle meurt tout les mois pour revivre de nouveau. La Lune est également associée au cycle menstruel des femmes et souvent mentionnée sous le nom de Hina (vierge), comme dans le dicton ‘’Na Hina te po, na Hina te ao’’ (de Hina procèdent le jour et la nuit).

D’après une légende de l’extrême nord de l’île du Nord, Rona, une femme, sortit une nuit puiser de l’eau avec sa gourde. La Lune passa derrière un nuage, de sorte que Rona trébucha et maudit la Lune de ne pas lui donner de lumière. Cette dernière se mit en colère et descendit s’emparer d’elle. Rona s’agrippa à un arbre mais il fut arraché du sol avec les racines. Depuis, lorsque la Lune est pleine, on peut y voir Rona avec sa gourde et son arbre. Les insultes qu’elle cria à la Lune sont parfois considérées comme l’origine des malédictions et diffamations, et un dicton y fait référence : ‘’Ka mahara ki te he o Rona’’ (rappelle-toi de l’erreur commise par Rona). Rona était supposée contrôler les marées, d’où son autre nom ‘’Rona-whakamau-tai’’ (Rona gardiennes des marées). Les tribus de l’ouest de l’île du Nord racontent une histoire similaire dans laquelle Rona est un homme, un rangatira (grand chef) contrarié de devoir puiser de l’eau en l’absence de sa femme. Dans le Sud de la baie de Plenty et la région d’Urewera, Rona sortit chercher de l’eau avec sa sœur Tangaroa-a-roto et lorsqu’elle insulta la Lune, deux deux femmes furent emportées et devinrent les épouses de la Lune. Dans la baie de Hawke et certaines régions de l’île du Sud, les phases de la Lune et ses éclipses étaient considérées comme les résultats des disputes permanentes entre la Lune et Rona.